17/02/2026

Écouter le territoire : ce que les plateaux et vallons d’Annecy racontent du paysage

La région d’Annecy, connue pour son lac et ses montagnes emblématiques, s’organise aussi autour de reliefs plus discrets. Ces plateaux et vallons secondaires jouent un rôle central dans l’équilibre paysager, humain et écologique local. Ils offrent :
  • Des liaisons naturelles entre le bassin annécien et les massifs alentour, facilitant la circulation et la vie rurale.
  • Des paysages variés qui structurent visuellement le territoire et modèrent l’accès à la montagne.
  • Des terroirs agricoles et pastoraux qui maintiennent traditions et biodiversité spécifiques.
  • Des chemins de traverses souvent délaissés par le tourisme de masse, enrichissant la compréhension du territoire.
  • Un espace de respiration et de transition, entre ville et pente, qui façonne l’expérience de la marche à Annecy.
Bien au-delà de simples éléments du relief, ces plateaux et vallons dessinent une géographie vivante, ponctuée de micro-paysages, d’habitat dispersé et d’une temporalité singulière.

Des reliefs peu spectaculaires, pourtant fondamentaux

La morphologie de la région annécienne s’est forgée au fil des âges glaciaires, puis par le lent travail de l’érosion et de l’homme. Les plateaux – comme ceux d’Alex, Saint-Martin-Bellevue ou Entrevernes – se situent souvent entre 700 et 1100 mètres d’altitude, juste au-dessus du fond du bassin et en contrebas des gros massifs. Les vallons (Nant de Montremont, Vallon de Villaz, Vallée du Borne, Vallon du Fier…) creusent des couloirs, permettent circulation de l’eau et de la vie.

Ces “doux reliefs” n’accrochent pas le regard d’emblée. Ni promontoire, ni gouffre, ils offrent un horizon en pente douce. Leur rôle historique et fonctionnel reste, pourtant, déterminant dans l'organisation humaine et naturelle locale. La monoculture de l’image lac/montagne oublie souvent ces “espaces entre”, alors même qu’ils structurent l’usage et la perception du territoire.

La structure spatiale d’un territoire : liens invisibles, passages quotidiens

Sur une carte IGN, le maillage formé par ces replats et vallons saute aux yeux : ils relient discrètement les villages, canalisent les axes secondaires et déterminent de nombreux itinéraires piétonniers ou cyclables. Contrairement à la logique du “sommet à gravir”, ces espaces invitent à la traversée, au contournement, à l’exploration dans la longueur.

  • Les plateaux d’Allèves, sur les contreforts du Semnoz, forment de grands près d’altitude, transitions naturelles entre la basse vallée du Chéran et les pentes forestières.
  • Le vallon de Leschaux, parcouru par la RD912, permet de rejoindre le massif des Bauges depuis Annecy tout en évitant les grandes pentes et en dessinant une voie de passage agricole, touristique et résidentielle.
  • Le plateau de Villaz, au pied du Parmelan, accueille une alternance de hameaux, prés et forêts, jalonné par d’anciens chemins muletiers.

Dans chacun de ces espaces secondaires, on observe du bâti dispersé, parfois de vieux fruitières, des chapelles isolées, des sentiers qui se faufilent sans autre logique que celle de l’usage empirique.

Herbiers, cultures et pastoralisme : des usages vivants

Loin d’être de simples antichambres de la montagne, les plateaux et vallons secondaires abritent l’essentiel du terroir productif annécien. Cultures de céréales, prairies pour l’élevage laitier, exploitation des bois, tout s’y mêle. L’économie agricole du bassin annécien a trouvé ici un terrain idéal, ni trop plat, ni trop abrupt. D’après les chiffres de la Chambre d’Agriculture de Haute-Savoie, la majeure partie des exploitations recensées sur Annecy Agglomération se concentre sur ces replats secondaires.

Le plateau d’Alex, par exemple, est renommé pour ses prairies naturelles : on y produit le foin nécessaire à l’hiver, on y pratique l’estive avec les troupeaux qui montent ensuite sur les alpages. Les vallons surplombant le Fier accueillent de petites exploitations maraîchères qui profitent du microclimat lié à la proximité du lit d’eau et aux apports alluvionnaires.

Cette organisation du paysage par bandes d’altitude distinctes produit une mosaïque d’usages, où chaque relief a sa fonction et son rythme saisonnier : fauche en juin sur les plateaux, semailles précoces dans les creux, pâturage tardif sur les lisières.

Point de vue ou point de passage : la diversité perceptive

Choisir d’emprunter les plateaux ou de longer un vallon, c’est donner à son regard une position inhabituelle, ni dominante comme au sommet, ni plongée dans la verticalité spectaculaire. Il y a là une expérience sensible, faite de demi-distances, de panoramas filtrés par les haies, où le lac n’apparaît qu’en éclats, entre deux rideaux de bouleaux.

  • Le vallon du Fier, entre Lovagny et Dingy-Saint-Clair, permet de voir la Tournette d’un angle rare, presque à hauteur d’homme, soulignant sa masse sans l’idéaliser.
  • Sur le plateau du Semnoz, la lumière du soir glisse sur les prairies, lissant le relief et dévoilant la variété des floraisons estivales.
  • Le vallon de Bluffy structure la montée vers le col de la Forclaz : succession de petites fermes et de bois, il donne une vision morphologique claire du glissement de la plaine vers le Rebord oriental du lac.

De ces cheminements naît une forme de lecture du paysage : chaque espace intermédiaire offre une grille de lecture différente, plus horizontale, plus lente, faite de détails et de moments intermédiaires.

Vivre et se déplacer sur les marges : habitat, mobilité, discrétion

Les plateaux et vallons n’ont jamais formé une barrière, mais plutôt un réseau d’habitat dispersé, de vie cachée. Les villages comme Montagny-les-Lanches, Menthon-Saint-Bernard ou Bellecombe-en-Bauges ne se sont pas développés par hasard : ils profitent de ces espaces dégagés, des sols drainés, d’une exposition favorable. La densité y reste faible : on observe une autre temporalité, loin de la densité littorale et urbaine.

Quelques villages structurés par les plateaux et vallons autour d’Annecy
Nom Relief dominant Alt. moyenne (m) Caractéristique principale
Saint-Martin-Bellevue Plateau 750 Agriculture, habitation dispersée
Dingy-Saint-Clair Vallon 600 Chemin muletier vers Glières
Montagny-les-Lanches Plateau 680 Zone de rupture entre plaine et collines
Entrevernes Plateau 820 Près, boisement, habitat linéaire
Thônes Vallon élargi 620 Carrefour des vallées et routes historiques

La mobilité quotidienne suit d’ailleurs la physiologie de ces reliefs. Les routes évitent les montées inutiles, serpentent d’un replat à l’autre, traversent les fonds humides, s’accrochent aux rampes naturelles. De vieux chemins, aujourd’hui sentiers balisés, suivent encore les logiques historiques : déplacement du lait, du bois, des troupeaux, puis, plus tard, circulation piétonne et cycliste d’agrément.

Refuge de biodiversité et réserves d’avenir

L’intérêt écologique des plateaux et vallons secondaires n’a rien d’anecdotique. Ces espaces, loin des axes surfréquentés, servent souvent de refuge à la petite faune (chevreuil, sanglier, renard, passereaux nicheurs) et à la flore des prés maigres ou des lisières sèches.

  • Le plateau de Saint-Eustache, sur les hauteurs du lac, offre un gradient de végétation buissonnante et de prairies où prolifèrent les orchidées sauvages.
  • Le vallon du Nant Trouble, entre Sévrier et Quintal, accueille une colonie de salamandres et une zone humide d’une grande richesse faunistique.
  • Certains plateaux servent de corridor de déplacement pour les cerfs lors des migrations saisonnières (source : FDC Haute-Savoie).

Ce sont aussi des laboratoires de transition, où l’agriculture “raisonnée”, la sylviculture, la revalorisation des circuits courts réinventent la relation au paysage. On y expérimente de nouveaux modes de gestion, entre conservation patrimoniale (haies têtard, vergers anciens) et anticipations des changements climatiques.

Des territoires pour l’exploration lente

Pour qui prend le temps, ces reliefs dessinent une carte alternative d’Annecy. Ici, marcher revient à renouer avec la transition géographique : on traverse, on relie, on suspends le temps. Sur le plateau de Villaz lors d’une sortie par un matin d’automne, l’humidité accentue les contours, dessine des couloirs invisibles pour les migrations d’oiseaux. Dans le vallon de Montmin, la lumière s’incline plus tard, donnant un rythme particulier aux journées de début d’hiver.

  • Itinéraires sur crêtes douces : boucle du plateau d’Allèves, cheminement entre Saint-Eustache et Bellecombe.
  • Parcours en fond de vallon : Sentiers du Fier aux abords du centre équestre, balades le long du Nant à Montremont.
  • Découvertes transversales : traversée du vallon de Villaz vers Thorens-Glières, chemin des fruitières d’Alex à Dingy.

Moins marqués par les flux touristiques ou sportifs, ces chemins proposent une autre chronologie : la progression se fait en douceur, loin du “goal” et du dénivelé affiché.

Conclusion ouverte : une géographie du pas

Les plateaux et vallons secondaires d’Annecy ne se contentent pas de dessiner la géographie : ils donnent une épaisseur à l’expérience du territoire. Ils demandent patience, attention, mais offrent en retour une compréhension profonde des usages, des saisons et des relations entre nature et présence humaine. À rebours de l’image figée du lac-montagne, ils rappellent qu’ici, tout est affaire de liens, de seuils, de passages silencieux. En s’y attardant, on embrasse une géographie vivante, où chaque replat, chaque fond, chaque pente douce construit l’identité locale sur la durée du pas, plus que dans l’instantané du regard.

Pour approfondir :

  • IGN France : cartographie des reliefs annéciens (ign.fr)
  • Site officiel de l’Agglomération du Grand Annecy : données sur l’agriculture et l’urbanisme (grandannecy.fr)
  • Conservatoire des espaces naturels de Haute-Savoie (cen-haute-savoie.org)

En savoir plus à ce sujet :


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