Bien au-delà de simples éléments du relief, ces plateaux et vallons dessinent une géographie vivante, ponctuée de micro-paysages, d’habitat dispersé et d’une temporalité singulière.
La morphologie de la région annécienne s’est forgée au fil des âges glaciaires, puis par le lent travail de l’érosion et de l’homme. Les plateaux – comme ceux d’Alex, Saint-Martin-Bellevue ou Entrevernes – se situent souvent entre 700 et 1100 mètres d’altitude, juste au-dessus du fond du bassin et en contrebas des gros massifs. Les vallons (Nant de Montremont, Vallon de Villaz, Vallée du Borne, Vallon du Fier…) creusent des couloirs, permettent circulation de l’eau et de la vie.
Ces “doux reliefs” n’accrochent pas le regard d’emblée. Ni promontoire, ni gouffre, ils offrent un horizon en pente douce. Leur rôle historique et fonctionnel reste, pourtant, déterminant dans l'organisation humaine et naturelle locale. La monoculture de l’image lac/montagne oublie souvent ces “espaces entre”, alors même qu’ils structurent l’usage et la perception du territoire.
Sur une carte IGN, le maillage formé par ces replats et vallons saute aux yeux : ils relient discrètement les villages, canalisent les axes secondaires et déterminent de nombreux itinéraires piétonniers ou cyclables. Contrairement à la logique du “sommet à gravir”, ces espaces invitent à la traversée, au contournement, à l’exploration dans la longueur.
Dans chacun de ces espaces secondaires, on observe du bâti dispersé, parfois de vieux fruitières, des chapelles isolées, des sentiers qui se faufilent sans autre logique que celle de l’usage empirique.
Loin d’être de simples antichambres de la montagne, les plateaux et vallons secondaires abritent l’essentiel du terroir productif annécien. Cultures de céréales, prairies pour l’élevage laitier, exploitation des bois, tout s’y mêle. L’économie agricole du bassin annécien a trouvé ici un terrain idéal, ni trop plat, ni trop abrupt. D’après les chiffres de la Chambre d’Agriculture de Haute-Savoie, la majeure partie des exploitations recensées sur Annecy Agglomération se concentre sur ces replats secondaires.
Le plateau d’Alex, par exemple, est renommé pour ses prairies naturelles : on y produit le foin nécessaire à l’hiver, on y pratique l’estive avec les troupeaux qui montent ensuite sur les alpages. Les vallons surplombant le Fier accueillent de petites exploitations maraîchères qui profitent du microclimat lié à la proximité du lit d’eau et aux apports alluvionnaires.
Cette organisation du paysage par bandes d’altitude distinctes produit une mosaïque d’usages, où chaque relief a sa fonction et son rythme saisonnier : fauche en juin sur les plateaux, semailles précoces dans les creux, pâturage tardif sur les lisières.
Choisir d’emprunter les plateaux ou de longer un vallon, c’est donner à son regard une position inhabituelle, ni dominante comme au sommet, ni plongée dans la verticalité spectaculaire. Il y a là une expérience sensible, faite de demi-distances, de panoramas filtrés par les haies, où le lac n’apparaît qu’en éclats, entre deux rideaux de bouleaux.
De ces cheminements naît une forme de lecture du paysage : chaque espace intermédiaire offre une grille de lecture différente, plus horizontale, plus lente, faite de détails et de moments intermédiaires.
Les plateaux et vallons n’ont jamais formé une barrière, mais plutôt un réseau d’habitat dispersé, de vie cachée. Les villages comme Montagny-les-Lanches, Menthon-Saint-Bernard ou Bellecombe-en-Bauges ne se sont pas développés par hasard : ils profitent de ces espaces dégagés, des sols drainés, d’une exposition favorable. La densité y reste faible : on observe une autre temporalité, loin de la densité littorale et urbaine.
| Nom | Relief dominant | Alt. moyenne (m) | Caractéristique principale |
|---|---|---|---|
| Saint-Martin-Bellevue | Plateau | 750 | Agriculture, habitation dispersée |
| Dingy-Saint-Clair | Vallon | 600 | Chemin muletier vers Glières |
| Montagny-les-Lanches | Plateau | 680 | Zone de rupture entre plaine et collines |
| Entrevernes | Plateau | 820 | Près, boisement, habitat linéaire |
| Thônes | Vallon élargi | 620 | Carrefour des vallées et routes historiques |
La mobilité quotidienne suit d’ailleurs la physiologie de ces reliefs. Les routes évitent les montées inutiles, serpentent d’un replat à l’autre, traversent les fonds humides, s’accrochent aux rampes naturelles. De vieux chemins, aujourd’hui sentiers balisés, suivent encore les logiques historiques : déplacement du lait, du bois, des troupeaux, puis, plus tard, circulation piétonne et cycliste d’agrément.
L’intérêt écologique des plateaux et vallons secondaires n’a rien d’anecdotique. Ces espaces, loin des axes surfréquentés, servent souvent de refuge à la petite faune (chevreuil, sanglier, renard, passereaux nicheurs) et à la flore des prés maigres ou des lisières sèches.
Ce sont aussi des laboratoires de transition, où l’agriculture “raisonnée”, la sylviculture, la revalorisation des circuits courts réinventent la relation au paysage. On y expérimente de nouveaux modes de gestion, entre conservation patrimoniale (haies têtard, vergers anciens) et anticipations des changements climatiques.
Pour qui prend le temps, ces reliefs dessinent une carte alternative d’Annecy. Ici, marcher revient à renouer avec la transition géographique : on traverse, on relie, on suspends le temps. Sur le plateau de Villaz lors d’une sortie par un matin d’automne, l’humidité accentue les contours, dessine des couloirs invisibles pour les migrations d’oiseaux. Dans le vallon de Montmin, la lumière s’incline plus tard, donnant un rythme particulier aux journées de début d’hiver.
Moins marqués par les flux touristiques ou sportifs, ces chemins proposent une autre chronologie : la progression se fait en douceur, loin du “goal” et du dénivelé affiché.
Les plateaux et vallons secondaires d’Annecy ne se contentent pas de dessiner la géographie : ils donnent une épaisseur à l’expérience du territoire. Ils demandent patience, attention, mais offrent en retour une compréhension profonde des usages, des saisons et des relations entre nature et présence humaine. À rebours de l’image figée du lac-montagne, ils rappellent qu’ici, tout est affaire de liens, de seuils, de passages silencieux. En s’y attardant, on embrasse une géographie vivante, où chaque replat, chaque fond, chaque pente douce construit l’identité locale sur la durée du pas, plus que dans l’instantané du regard.
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