Il y a vingt mille ans, Annecy n’était qu’un amas de boue et de glace, coincée entre les reliefs de la future Haute-Savoie. À la fin de la dernière glaciation (le Würm, selon la terminologie géologique), un immense glacier a reculé, abandonnant derrière lui une dépression : le lit du lac d’Annecy (Larousse, CNRS).
Le lac est un élément structurant : il absorbe, il reflète, il tempère. Il isole Annecy du Sud (Lathuile, Doussard) par sa largeur, mais ouvre aussi un passage naturel nord-sud. Sur sa rive ouest, la plaine s’élargit, tandis qu’à l’est, la montagne plonge presque abruptement dans l’eau.
La géographie d’Annecy ne peut être pensée sans ses montagnes, qui forment une enceinte presque théâtrale autour du lac :
Les géologues rappellent que cette alternance plateau/bas-fonds/réchauffés par le soleil, et ombre induite par les montagnes, crée des microclimats très contrastés sur quelques kilomètres seulement (CNRS).
Les hommes ont très tôt perçu le potentiel du site. Les stations lacustres du lac d’Annecy – notamment à Annecy-le-Vieux et Sévrier – témoignent d’une occupation préhistorique dès 4 000 avant J.-C., avec des villages sur pilotis, valorisant à la fois la défense naturelle et l’accès à l’eau (UNESCO : Palafittes alpins).
Au Moyen Âge, Annecy s’installe sur un éperon rocheux au confluent du Thiou et du Vassé. Les fortifications et les quartiers anciens (Vieille Ville, faubourg de Notre-Dame) épousent la géographie, cherchant l’abri contre les inondations, et bénéficiant de la protection visuelle des collines environnantes.
Longtemps, ce ne sont pas les routes qui structurent Annecy, mais l’eau. Le Thiou, le Fier, le Vassé et nombre d’affluents secondaires alimentent moulins, tanneries, armureries. La ville-même s’est aménagée autour des canaux – mais aussi contre eux, avec des digues et rehaussements pour limiter l’humidité et les crues printanières.
Annecy se trouve à une altitude modérée (environ 447 m) mais les variations sont frappantes : en quelques kilomètres, on passe des rives baignées de soleil à des sous-bois déjà alpins, puis aux crêtes enneigées plus de six mois par an. Le Semnoz, par exemple, accueille une neige longue et des pâturages d’été ; la cuvette urbaine profite d’une douceur précoce, mais reste sujette aux brumes automnales. C’est ce qui explique la diversité de la végétation et des cultures :
Les vents restants, orientés par les montagnes, canalisent nuages et averses, font varier la température sur de très courtes distances, et expliquent, par leur force et leur orientation, l’usage de certains cols pour la transhumance ou le passage vers la Savoie et la Suisse.
L’encaissement de la cuvette annécienne offre une relative protection contre certains extrêmes climatiques. Mais ces mêmes reliefs concentrent les précipitations (entre 1 000 et 1 400 mm/an, source : Météo France), facilitent la formation de brumes froides, ou, dans de rares cas, occasionnent des coulées de boue après de forts épisodes pluvieux.
L’expansion d’Annecy, notamment à partir du XXe siècle, n’a pu se faire qu’en “grimpant” les bords de la plaine ou en s’insinuant le long des axes anciens : avenue du Parmelan, route du Semnoz, faubourgs de Cran ou Seynod. Le lac, non urbanisable (à l’exception de rares plages et ports), agit comme un frein naturel à la croissance.
Les aménagements modernes (pistes cyclables, zones piétonnes, plages publiques) tentent de préserver l’identité naturelle du lac et d’offrir un accès doux, en évitant l’asphyxie.
Annecy offre des sentiers qui, tous, font sentir la contrainte et la richesse du relief. Quelques exemples, empruntés fréquemment au fil des saisons :
Ces traversées révèlent combien la géographie du territoire rend chaque pas unique : ce n’est pas un décor à “cocher”, mais une succession de seuils, de ruptures, de continuités subtiles entre la plaine, l’eau et la montagne. Marcher à Annecy, c’est vivre cette géographie polymorphe, parfois exigeante mais toujours lisible pour qui prend le temps.
Sous la carte postale, la géographie d’Annecy ne cesse d’évoluer, oscillant entre contrainte et liberté. Chaque saison, chaque chemin, chaque rive traduisent cette histoire millénaire : des glaciers aux urbanistes, des palafittes aux randonneurs. Comprendre le dialogue entre le lac et les montagnes, c’est entrer dans la vie même du territoire. Cela invite, modestement, à respecter le rythme de cette terre, à voir que rien n’y est vraiment figé. Annecy, entre eau et rocher, n’est pas un simple décor : c’est un paysage en mouvement, à lire lentement, à chaque pas.
Découvrir Annecy et sa région demande une attention particulière à la géographie qui façonne ses paysages et imprime son rythme. Bien au-delà du décor carte postale, la rencontre du lac d’Annecy avec les montagnes...