Le bassin annécien s’inscrit dans un contexte géologique alpin complexe, où la rencontre de la montagne et de la plaine a favorisé l’accumulation et le passage d’immenses glaciers. Cette histoire débute il y a environ 2,6 millions d’années, à l’aube du Quaternaire, période rythmée par d’importantes alternances climatiques.
À chaque avancée, ces glaciers ne se contentaient pas de recouvrir, ils arrachaient et transportaient d’immenses quantités de roches. Quand la glace reculait, elle abandonnait derrière elle des reliefs adoucis, des blocs erratiques, et d’épaisses couches de dépôts meubles.
À l’échelle du territoire, c’est la présence du lac d’Annecy qui traduit le mieux l’intervention des glaciers. Contrairement à ce que beaucoup imaginent, le lac n’est pas né d’une « simple » érosion, mais bien d’un véritable creusement, puis d’un remplissage.
Certains éléments notables du paysage en portent encore la trace : l’éperon de la Puya, à la sortie sud du lac, ou les champs de gravières de la plaine du Fier, sont des vestiges des anciens deltas glaciaires et morainiques.
Le bassin n’a pas seulement été creusé : il a aussi été poli, raboté, et parfois remodelé de façon étonnamment douce. Pour lire cette histoire glaciaire à même le terrain, rien ne remplace l’observation lors de balades lentes le long des rives ou en surplomb.
La géologie conditionne également la végétation et l’usage des sols. Les prairies humides de l’Albanais ou les zones marécageuses du Bout-du-Lac sont le fruit de ces dépôts glaciaires et de la présence persistante de l’eau dans les dépressions.
Au fil des millénaires, les glaciers se sont retirés, mais leur héritage continue de façonner l’équilibre du territoire. La mise en place du réseau hydrographique (lac, torrent de Bornette, Fier, etc.), la formation de terres riches pour les cultures et de sources abondantes sur les flancs montagneux sont directement issues de cette dynamique.
Le lent comblement du lac, le déplacement de la ligne d’eau, la fixation progressive des sols par les forêts, mais aussi par les activités humaines (drainages anciens, barrages récents) poursuivent ce travail de modification des formes héritées. On oublie souvent que le lac d’Annecy lui-même, d’une profondeur maximale de 82 mètres, est le sixième plus grand de France (source : lac-annecy.com). Ses variations saisonnières d’azur ou de gris témoignent des apports glaciaires continus en matériaux fins et en eau froide pendant des millénaires.
Comprendre la formation glaciaire du bassin d’Annecy ne se limite pas à l’inventaire des traces visibles. Il s’agit aussi d’un état d’esprit. Marcher doucement sur ces terres, c’est se rappeler la fragilité et la lenteur de la construction des paysages.
Le bassin annécien ne se donne jamais complètement à la première lecture. Mais chaque promenade attentive révèle, dans l’ombre d’un rocher ou la courbe d’une vallée, la profondeur d’un paysage modelé, érodé puis offert aux usages d’aujourd’hui. Les glaciers, invisibles mais fondateurs, continuent d’habiter la mémoire des lieux pour qui veut les lire avec un peu de temps devant soi.
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